Point de Beauvais

Période des grands échanges commerciaux entre l’Asie et le bassin méditerranéen, le XVIIIe siècle est l'époque à laquelle le point de chaînette au tambour en couleur est très en vogue en France. Jeanne Antoinette Poisson, plus connue sous le nom de Madame de Pompadour, y porte un tel intérêt que ce point est baptisé "Point Pompadour". Sous son influence, cette technique atteint son apogée. La mode est telle qu’elle se répand jusque dans la toilette masculine : les habits des hommes et surtout les gilets sont brodés avec ce nouveau point.
                                      
 
 
Les spécimens de cette période sont les plus beaux tant par la qualité des points que par la couleur des soies et, surtout, des dessins ;  ceux-ci sont des merveilles de finesse, d'élégance, de délicatesse, de légèreté et restent encore des modèles à l'heure actuelle. Ainsi le point Pompadour apparaît sur les cols, les gilets, les corsages, les robes, mais également dans les ornements d'église, les petites pièces de décoration comme les boîtes, les cadres.
 
                                                 
 
Il faut noter qu'en Provence, pour faire face à la prohébition des toiles peintes de l'Inde, c'est à dire les indiennes, naissent des étoffes brodées en fil de laine fin et coloré au point de chaînette au tambour. Mais ce travail prodigieux est cependant moins prisé que les extraordinaires toiles peintes.
 
                                   
                                                            Point Pompadour et broderie aux cordons sertis
 
L'époque Louis XVI est fertile en trouvailles ravissantes pour cette broderie ; on a liseré au crochet au tambour des damas de soie, des toiles peintes ou des linons brochés et ce genre, exécuté  avec une rare perfection, est indifféremment employé à une infinité d'ornements de la toilette féminine et masculine. Le raffinement dans le traitement des sujets est immense ; le point Pompadour se prête au chatoiement des couleurs, sa texture serrée permet de subtils dégradés et on s'approche de la peinture, les couleurs devenant de plus en plus variées et audacieuses.
 
                               

Point de chaînette au crochet sur tambour

 
Phtographie : Magali Pascal 
Histoire du costume d’Arles 
de 
Odile et Magali Pascal 
2 rue Georges Bizet 
13200 Arles
La Révolution est désastreuse à tous les arts, à la broderie en particulier. En effet, à cette période les Jacobins décrètent la destruction des oeuvres d'art afin d'annihiler tout rattachement à l'ancien régime.
 
Au XIXe siècle, la société change ; tous les pays rivalisent de productions et s'ouvrent à l'activité internationale. La qualité fait place à la quantité ! Les besoins, décuplés par les fréquents changements de la mode, sont plus accessibles aux classes moyennes ; ils sont très nombreux mais plus modestes, et la machione devient peu à peu la seule à pouvoir, à moindre frais, répondre à la demande.
 
La broderie Pompadour s'étend aux pièces de décoration, notamment les panneaux muraux, les bordures de rideaux, les dessus de lit...
 
En 1843, Margueritte Boulard reprend à Bourg-le-Roi, dans la Sarthe, une entreprise de lingerie dans laquelle elle travaille comme ouvrière. Une industrie de broderie d'art au crochet voit le jour et contribue pendant 125 ans à la prospérité de cette région.
 
Au début du XXe siècle, le point Pompadour, sous l'influence des tapissiers parisiens, prend le nom de point de Beauvais ; en effet, située non loin de Bourg-le-Roi, la ville est détentrice de manufactures de tapisseries renommées pour leurs coloris. Associer le nom d'une ville connue à cette technique est trouvé plus commercial !
 
A Bourg-le-Roi, l'atelier compte jusqu'à soixantes ouvrières pendant que des dizaines travaillent à domicile. D'autres ateliers sont créés par la Maison Boulard dont les principaux au Mans et à Noyen-sur-Sarthe. L'Exposition Universelle de 1900 est un triomphe pour l'entreprise. En 1930, devenue "Société anonyme Le Point de Beauvais", elle est même côtée en bourse. Mais l'aventure s'arrête en 1968, faute de repreneur.
 
Aujourd'hui, le pouvoir de séduction de ce savoir-faire est intact ! Bon nombre de personnes commencent à la redécouvrir, malgré la connaissance élaborée que nécessite cette technique, auprès d'enseignants  "Meilleurs Ouvrier de France". 
 
Il faut des mois d'exercice pour arriver à manier le crochet à la perfection... Le point de Beauvais est un point de chaînette très pretit, plutôt rond, exécuté dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, le crochet étant lui aussi tourné dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Il faut également maîtriser le point d'arrêt qui, pour un bon rendu de la broderie, est constamment utilisé.
 
En fait, le point de Beauvais est un simple petit point de chaînette derrière lequel se cache une technique extrêmement codifiée !
 
                                    
 
 
 
 

La vie est une assez mauvaise étoffe 
dont la broderie fait tout le prix ".

 

Considérations sur l'esprit et les moeurs (édition 1787)