"... Les boucles se formaient et s'entrelaçaient avant de s'allonger docilement dans le même sens. Et le minuscule outil d'acier, cette faiseuse de miracle, oeuvrait , sans relâche, imperturbable, comme si elle eût été insensible à la beauté de son oeuvre. Elle semblait n'avoir qu'une préoccupation: accomplir sa tâche du jour. 

Comme l'abeille, elle ne prenait guère le temps de s'extasier sur la merveille par elle réalisée. Elle ne trouvait là rien d'extraordinaire. Elle existait pour exécuter des points, tout comme l'abeille existait pour confectionner du miel. Et le svelte serviteur de l'art de continuer ses bouclettes qui s'enchaînaient les unes aux autres, presque avec bonheur, comme si elles se réjouissaient d'être liées, de s'appartenir, de n'avoir aucun sens qu'ensemble. Quant au fil, il ne cessait de se tortiller lascivement sous la traction indifférente mais ferme de l'instrument de fer dont la froide raideur contrastait étrangement avec la chaleureuse expression du point de chaînette.Cette aiguille qui se mouvait avec autant de dextérité que de détachement était guidée par de longs doigts ronds plaqués d'ongles courts. Le pouce et l'index qui tenaient ce petit bout de fer avec assurance et souplesse lui faisaient piquer le tissu transpercé sous la poussée mesurée d'un majeur que ne coiffait aucun dé. 

Soudain tous les doigts tressautèrent, et de dessous la toile blanche apparut une petite tache d'un rouge intense. Et presque aussitôt, le doigt meurtri vola en quête de réconfort vers une bouche généreuse qui s'activa à le suçoter et à le mordiller en douceur..."

 

Histoire d'Awu, de Justine Mintsa, écrivain du nord fang du Gabon

Quelques réalisations

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La vie est une assez mauvaise étoffe 
dont la broderie fait tout le prix ".

 

Considérations sur l'esprit et les moeurs (édition 1787)

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La Poésie de Flore

La Brodeuse

Avec des gestes plein de tendresse,
Et pendant toutes ses heures creuses,
Avec grâce et délicatesse,
Elle créait du rêve la brodeuse.
Entre ses doigts dansait l’aiguille
Comme un papillon sur une fleur,
Comme une agile petite anguille,
 Mais avec beaucoup de rigueur.
Les fils de coton ou de soie,
D’or ou d’argent s’entremêlaient,
En faisant des noeuds quelquefois,
Jamais elle ne s’impatientait.
Elle accompagnait la brodeuse
Ses merveilleux gestes de fée,
Avec une chanson langoureuse
Que son coeur aimait fredonner.